mardi 17 juillet 2012

Rencontre avec le Système






ARTHUR BOULE -- Le Système doit périr !

LE SYSTÈME -- Je n'existe même pas !

ARTHUR BOULE -- Prouvez-le ! Votre supposée inexistence est l’astuce même de votre domination sinistre !

LE SYSTÈME -- Prouvez-moi que j'existe alors !

ARTHUR BOULE -- Moi, je vous vois. Ma voisine Charlotte me dit paranoïaque, elle dit qu'elle ne vous voit pas, que vous n'existez que dans mon imagination et ses débordements... Mais moi, je vous vois, aussi clairement que je vois mon visage dans une glace.

LE SYSTÈME -- Alors, dites-moi à quoi je ressemble, si vous me voyez d'évidence.

ARTHUR BOULE -- Ah oui, voilà une bonne idée. Là que je vous ai sous la main, je vais vous tirer le portrait. Voilà, mon appareil photo est en place. On ne se moquera plus de moi désormais. Yeti-mon-oeil, oui !

Arthur appuie sur le déclencheur de son petit appareil. Le cliché est décevant : une modeste valise, boursouflée de notes, avec une étiquette accrochée à un fil usé, où l'on peut lire :  "Ceci est un Système."

ARTHUR BOULE -- J'aurai juré que... Mais c'est d'un cartographe dont j'avais besoin, pas d'un appareil photo. Votre topologie est plus intéressante que vos troublants visages.

LE SYSTÈME -- Vous faites fausse route. Je ne suis qu'un mot-valise enflé de vos spéculations d'impuissant, voilà tout. Une légende urbaine tenace pour complotiste en bunker.

ARTHUR BOULE -- Vous mentez ! Vous mentez !

LE SYSTÈME -- Oh, naturellement, chacun a sa petite idée sur moi, vous comme les autres. Mais vos semblables n'arrivent jamais à se mettre d'accord. Où suis-je apparu pour la dernière fois ?

ARTHUR BOULE -- Partout, tout le temps !

LE SYSTÈME -- A quoi ressemblent les têtes pensantes de mon cerbère de gardien ?

ARTHUR BOULE  -- Je vais vous le dire...

LE SYSTÈME -- Ne suis-je pas bien plutôt la dernière invention des populistes paumés, toujours à la recherche de têtes neuves à couper pour faire tourner leurs boutiques de desespoir ? Vous ne pensez tout de même pas qu'une ample diaspora, issue de mon sang, domine un monde si vaste que le vôtre ? Qu'elle tire les ficelles de la Bourse ? Qu'elle tient d'une main avide les manettes de la Machine-Monde qui vous opprime tant ?

ARTHUR BOULE -- Moquez-vous ! Moquez-vous donc ! Mais sachez bien que nous vous détruirons, que vous existiez ou non ! L’humain respire à peine sous votre corset d’idéologies tarabiscotées. On étouffe sous votre règne, Système ! Que vous nous glissiez entre les mains ne prouve rien, ni n’assèche notre haine pour vous. Vous avez beau faire le fier à paradoxe, votre réalité n’en est pas moins certaine, à nos yeux d'esclaves !

LE SYSTÈME -- Oh vous m’ennuyez. Je n’existe pas plus que le Diable, ce pauvre diable, qui n’existe même pas.

ARTHUR BOULE  -- Il est exact que vous existez aussi peu que le Diable. Pour être exact, vous vous confondez avec lui, vous ne faites qu’un, le Diable est l'un de vos nombreux noms !

LE SYSTÈME -- Oh je vous en prie, la diabolisation est une vieille lubie pour gauchistes mal lunés. Pas de ça entre nous jeune homme. Vous êtes donc, vous, tout blanc, et moi tout noir ? Qui me dit que vous n'êtes pas vous même un agent de ce fameux Système que vous professer honnir...

ARTHUR BOULE  -- Jamais ! Je n’ai rien à voir avec vous !

LE SYSTÈME -- ...vous en avez la couleur, et votre coeur... jolie petite mécanique... qui palpite comme une horloge... qui irait à ravir dans mon grand assemblage...

ARTHUR BOULE  -- Vade retro Satanas ! Vous voilà confondu !

LE SYSTÈME -- Satanas... comme vous y allez... mon triste frère.... nous sommes si semblables pourtant. Votre rythmique molle épouse ma petite dialectique bien huilée... mes courants alternatifs sont au diapason de votre médiocrité... La girouette humaine va si bien avec mes délicates manigances...

ARTHUR BOULE -- Vous tombez le masque !

LE SYSTÈME -- A votre tour !

ARTHUR BOULE -- Je n’ai, moi, rien à cacher !

LE SYSTÈME -- Votre transparence vous honore... Les fantômes se suivent et se ressemblent... Je pourrais acheter votre âme tout de suite vous savez. Ca ne serait pas une première. Vous seriez même le trente six mille cinq-cent cinquante deuxième du jour, pour tout vous dire !

ARTHUR BOULE -- Je ne suis pas à vendre !

LE SYSTÈME -- Voyons ça !...

mercredi 28 décembre 2011

Drôle de monde



Jean Boyer se leva à dix heures précises, réveillé par le bruit du GPS, qui lui demandait ce matin de tourner à gauche après le feu. Un peu interloqué - il ne voyait guère de feu - il comprit néanmoins, non sans une certaine reconnaissance, que le GPS venait de lui indiquer le chemin le plus court vers le frigidaire. Aussi il s'exécuta en souriant et passant devant sa télévision soixante-treize neuvième (beau bijou signé Philips qui occupait tout un couloir et qui présentait simultanément toutes les chaînes hertziennes) se dirigea vers sa cuisine tout à fait au bout du couloir à gauche. Il s'installa sur sa petite tablette jaune au bout de son tabouret en métal brossé.


Il ouvrit le journal du matin et fut très surpris de constater que l'article consacré à l'allocution du président de la République, qui entre autres choses, commémorait les trente ans ans de la fête du Rythme, était très centré sur la politique intérieure. Le journal titrait, citant le président, "mon cerveau est plus moderne que le vôtre". Le président s'en était pris avec fermeté et violence aux petites associations de quartier qu'il jugeait trop décentralisés. Dans un élan jugé  gaullien par le journaliste politique, il avait même déclaré avec une certaine emphase que "les associations de quartier devraient toutes aller se faire voir !", déclaration qui ne manqua pas d'être applaudie par une foule en délire, droguée à l'applauine dès l'entrée du meeting. Le président, ancien dealer repenti, qui était aussi passé par le milieu du free fighting était un sacré bonhomme. Il avait été le premier président anarchiste. Il s'était emparé du pouvoir en 2065, dans un coup d'état que ni les voyantes, ni les politologues n'avaient vu venir. Le GPS indiquait maintenant cent kilomètres/heure, ce qui sur le coup surpris quelque peu Jean, mais après tout, il lui avait toujours semblé qu'il était "bien speed" le matin. Il entreprit, comme tous les matins, de se préparer un petit Café-malabar. "Un nouveau paquet !" s'écria-t-il, soudain excité comme une puce. Il l'ouvrit avec grande précaution, en prenant grand soin de ne pas tirer trop fort sur la petite languette rose du paquet noir. Il plongea alors sa main avec introspection dans les petites perles noires et roses et se glaçant soudain, comme pris d'un effroi paralysant, ouvrant des yeux immenses,il s'écria "Oh putain ! Juste celui qui manquait à ma collection !". Dans un grand mouvement, il sortit sa main fermée du paquet de café, en renversant la moitié sur le sol. Il tremblait de jubilation. Dans un rictus de fascination un peu penché, il ouvrit sa paume, les yeux éberlués, et découvrit une petite figurine de Pikachu en plastique peint. La tension retomba vite - il fallait qu'il se prépare pour le travail - et il rangea sa petite nouvelle parmi les autres, bien en évidence, tout fier tout de même.

Ah, la France avait bien changé depuis le début du 21ème siècle. Une révolution facebook avait renversé le pouvoir pacifiquement en 2057. Jean Boyer n'avait pas manqué de cliquer sur "j'aime" avec ses deux comptes facebook, dont l'un était réserve aux bonnes œuvres. Les libertés individuelles avaient alors enfin pris toute leur place, c'est-à-dire toute la place, ce qui ravissait Jean. Le taux de suicide, comble naturel de l'individualisme global, atteignait des records chez les jeunes enfants, ce qui était plutôt signe de bonne santé de la société, de l'avis général. Les parents le disaient très bien : "Aussi triste que cela soit, mon fils s'est suicidé pour bien montrer qu'il était libre. C'est une tragédie, nous l'admettons volontiers, mais, sans espérer qu'il serve d'exemple, nous voulons souligner sa bonne volonté. Il n'aimait pas la vie, nous le signala dès son premier débriefing existentiel, à sept ans, et nous ne pûmes que l'accepter humblement avec tout l'amour que nous lui portions". Et pour conclure, d'ajouter "comme on dit, respect intégral." Les enterrements ne coûtaient pas trop cher vu la taille des cercueils, et l'on pouvait même caser deux suicidés dans le même emplacement à mort, avec des tarifs de groupe adaptés aux familles, voire aux amis suicidés ensemble, mais aussi des réductions préférentielles de fidélisation et autres procédés de juste concurrence.

Pour compenser, naturellement, on copulait pas mal, et, pour employer la très précise codification du Livre des Lois, comme des lapins hygiéniques.("Vous copulerez comme des lapins hygiéniques, qui forniquent dans l'allégresse et la sainte propreté, et alors il pleuvra sur la France des trombes de nouveaux-nés, pour que la Déesse Société vive et perdure éternellement. Et vous toucherez le pactole après votre sixième enfant"). Il fallait en effet pour toucher les allocations intégrales, élégamment suggérées par l'expression "le pactole" dans le Livre des Lois, au moins six enfants. Les grandes familles avaient pour fonction de huiler les turbines du marché du travail, et de galvaniser l'innervation de la société, de lui injecter du sang neuf et frais, de nouvelles idées (qui donnaient toujours lieu à de nouveaux concepts publicitaires et à de nouveaux produits). On avait néanmoins remarqué que les nouvelles idées manquaient un peu, et que tout semblait, à chaque nouvelle tournée de bambin, tourner vers le jeu, le sexe (l'âge de la majorité sexuelle avait été abaissé à 9 ans en 2048), le spectacle, en un seul mot cardinal : "le fun".  On se disait que "vox populi, vox dei", et que la chose ne manquait pas de piquant. Et puis finalement, la création de produit se passait très bien de nouvelles idées. Le concept régnait en maître mot, littéralement partout. Un tee-shirt marqué d'un "Viva Baudelaire", pouvait devenir très "fashion" un jour, et le lendemain un tee-shirt "Hello Kitty" vintage le supplantait. La démocratie radicalement démocratique et de marché marchait donc sur ses deux pattes : une belle valse de suicides-très-libres et de natalité-dingue, comme en renflouement permanent des comptes déficitaires de la démographie française. Jamais le bateau-France ne prendrait l'eau avec la politique nataliste de fer du gouvernement, se disait Jean Boyer. Et il avait sans doute raison.


Un mouvement de grève, encouragé par le gouvernement, se continuait tranquillement, sans heurt depuis le 22 mai 2060. Le slogan ces derniers temps était "A bas jour !, à bas jour !", ce qui selon ses propres dires ravissait le président. Bien qu'elle n'était plus très sûre des revendications - depuis le temps ! - la population était généralement assez favorable au mouvement, malgré les dizaines de morts qu'il provoquait. Le Ministre de l'antidémocratisme, cette opposition gentiment sous contrôle central, appuyait certaines des rares revendications encore audibles. Notamment celle du FUN, le Front Unilatéralement Nationaliste, qui désirait le retour du Roi de France, ce qui avait au moins le mérite, de l'avis général, de bien faire rire les citoyens. On savait en effet, et le FUN le premier, qu'une telle chose n'arriverait pas. Aussi, à cette douce pensée de l'éternité de la société démocratico-démocratique Jean Boyer, s'apprêtant à passer pour une journée encore,
plus de temps dans les embouteillages qu'au travail, prit sa petite valise rose, mit son petit chapeau melon jaune, et s'apprêta à pénétrer dans sa petite voiture verte. Il claqua une dernière bulle de café, mit ses chaussures et sifflota, encore sous les charmes de Pikachu, le générique de pokémon en se dirigeant vers la porte de sortie, magnifiquement ornée d'une reproduction pop art de "L'origine du monde" de Courbet.

lundi 27 juin 2011

Communautarisme



La barrette est bien enfoncée sur la kippa, permettant ainsi la stabilité à cette dernière sur la sphère capillaire de cet homme que j'observe, dans ce restaurant kasher Beth Din, où les schnitzels, lafas et shawarmahs emplissent les bouches préalablement lavées de leurs « betleavon » et de leurs « toda »
Les grandes tapes dans le dos, les sourires, les regards entendus, la proximité des corps des clients m'assurent qu'ils se connaissent tous sans exception. Ils forment comme un barrage à mon encontre via leurs dos qui visiblement se sont donnés le mot pour me faire face. Je mange vite et pars, je ne suis pas spécialement le bienvenu.
Alors je repense à ces Sénégalais, d'anciens voisins, qui à chaque fois que je les voyais parler devant mon immeuble, faisaient de même, ne me jetant pas même un regard. Je les imaginais le soir tartiner leur "mburu" de dakatine à l'étage au dessus, pendant que toutes les Betty Crocker du monde badigeonnait le pain de mie de leurs enfants de Nutella ou de peanut butter-and-jelly. Les premiers voulaient que leurs gosses survivent et sortent de ce taudis, les secondes que les leurs aient des statuts et des études, mais je ne m'y méprenais pas ; les deux groupes étaient à peu près aussi cons puisqu'aucun ne voulait de moi.

Effectivement, j'ai longtemps été exclu de tout groupe. Seul, solo, solitaire, peu importe la dénomination, vous avez bien compris ce que j'étais. Mais ce n'était pas grave puisque je ne voulais de toutes façons appartenir à aucun groupe, je voulais être un outsider. J'entrepris donc bien vite, après m'être débarassé de mes parents, de m'enfermer dans ma chambre et de passer mes journées à glandouiller, n'ouvrant ma porte que pour payer le livreur de pizzas et sortir les poubelles, grosso modo. Hélas, j'appris bien vite l'existence d'une communauté de personnes s'appelant les hikikomoris ; dégoûté, je brûlai de rage toutes mes affaires, maudissant les geeks et les Japonais qui m'avaient volé mon mode de vie pour en faire un groupe nominal. Être un outsider était devenu une étiquette plutôt chic, je décidai donc d'être actif.

Je partis à la campagne faire un élevage de brebis (les soixante-huitards étant tous morts ou presque – pour certains on ne savait pas bien, un peu comme pour Ariel Sharon – je ne craignais plus d'être associé à eux). Malheureusement, un jour que je regardai la télé, je tombai sur une émission s'intitulant « L'amour est dans le pré », et je me rendis compte que les agriculteurs et éleveurs étaient perçus par la France comme une communauté bien distincte, plus précisément de losers hermétiques et en mal de cul prêts à s'enticher de grognasses des quatre coins de l'hexagone, pourvu qu'ils parlent à autre chose que des vaches et des gerbes de blé. Ah, malheur !

Tant qu'à faire, puisque tout était communautarisme et étiquettes, je me dis « pourquoi pas choisir une communauté pas trop mal ? » Je me serais bien converti à l'islam, mais la sauce samouraï des kebabs me rappelait vivement mon passé en tant que membre d'un groupe à consonance japonaise (c.f. au-dessus). Les catholiques ? Bien mieux, ce groupe était en voie d'extinction et les rares survivants en France passaient pour des grands bourgeois à foulard Hermès et accent seizième, ce qui me garantissait un mépris global de la population qui me permettrait de poursuivre ma solitude sous couvert de ma team de communiants et communiés discrets. Malencontreusement, la béatification de Jean-Paul II créa un tel phénomène de masse que je crains d'être mis une fois de plus en exergue lorsqu'il fut question de figurines Action Man : Jean-Paulozor Two à la Chambre de Commerce.

Assailli par la fatigue et la lassitude, je considérai une toute dernière option : me faire racaille parisienne. Mais ce qu'on ne vous dit pas, au JT, c'est que ça coûte cher d'être une racaille. Entre les Air Max requins, les multiples survêt', le Blackberry dernière génération, les après-midis aux Champs ou aux Halles, la consommation de drogues et les soirées en boîte à soixante racailles avec du mousseux Canard-Duchesne qu'ils font payer 60€ ; le tout pour espérer danser collé-serré deux minutes avec une coiffeuse de 16 ans maquillée comme une voiture volée et pour laquelle une preuve d'amour romantique est une sacoche-banane Dolce & Gabbana, je fus vite ruiné.

Et puis je découvris ce blog. Une seule communauté, si tu rallies le Bien.

mercredi 15 juin 2011

Une si douce Falot-cratie.




La Grande Mère prépare un gros biberon. Il pleut du lait sur Paris. Tati range sa pipe dans son grand pardessus gris, Gainsbourg écrase sa cigarette dans une petite flaque blanchâtre. Tout empétrés-laiteux, les grands Enfants de la Société roucoulent d'aise, en se chantonnant des mignarderies. Tout est bel et beau dans ce doux paradis pour grands et petits enfants.

Mais derrière le paravent ronronnant de cette si tendre compagnie, se cachent d'étranges lynchages, sans aucun doute très salubres, notamment quand l'on sait les réticences répugnantes de certains pour la communion dans le très doux catéchisme du jour. Ainsi l'on châtie avec force les mauvais coucheurs. Ceux-ci se plaignent de l'empire sans bornes de petites communautés soi-disant toutes puissantes faisant régner une hypothétique terreur sucrée sur le régime. Pire encore, certains d'entre ces trouble-fête prétendent, parlant au nom de l'on ne sait quelle idée saugrenue, remettre en cause une partie des très Justes Dogmes du temps radieux.

Merci à la Grande Mère, les éternelles victimes de la haine de ces Salauds trouvent de solides défenseurs dans la caste des Rentiers du Stigmate. Ces grands manitous des Compensations Sonnantes et Trébuchantes - saint sacrément des eaux tièdes de l'Histoire - se font ainsi des petites fortunes pour la Bonne Cause, dans l'indifférence presque générale des foules, trop occupées à leurs petites affaires roses et grises. C'est qu'un lynchage, y compris au nom des plus beaux mielleux principes, c'est un peu rouge, et que la vue du sang fait horreur aux petits enfants. Mieux vaut leur épargner ça, pensons à leur sommeil et à celui de leur mère.

Au moindre dérapage incontrôlé, les assoiffés de justice se ruent en masse, comme des piranhas indignés. Aussitôt, les Rentiers rappliquent, suivis de bataillons d'avocats pensant fort droit, bien que pour la plupart émasculés. Ainsi les mâle-pensants, tenus couilles par-dessus tête par ces eunuques en robe assoifés de procédure castratrice, expurgent ce qui leur reste d'orgueil. Les offensés hilares, comme un seul homme se congratulent, et tout le monde rigole plutôt bien, si ce n'est le très coupable supplicié, expiant à coup de chèques ses crimes de lèse-Vérité officielle. Autant dire qu'on lui pardonne mal d'avoir troublé le sommeil des petits, de les avoir empêchés de penser tranquillement en rond. Au derniers rangs du procès, la Vérité, exsangue, claque des dents. 

Pendant ce temps, les grands patrons de l'idéologie officielle, tout emmitouflés dans leur bon droit blanc comme neige, se posent de louches questions. Les bien-pensants sont bien pensifs. Quelque chose cloche. Tout cela manque un peu de conviction et d'enthousiasme. On ronfle un peu au fond de la salle. Et puis on chahute, un peu fort parfois, comme si l'ennui cotonneux excitait le goût du sang de certains. "Ce n'est pas sérieux les enfants", disent ces Grandes Consciences, sans trop y croire. La tyrannie de ces enfants-rois, gorgés des seins de la Grande Mère, est sans limite, leur impunité chose quasi-sainte pour le très doux régime. Les crimes de droits communs bénéficient de toutes les indulgences, et les petits diables s'en donnent à coeur joie. C'est que la Grande Mère pardonne beaucoup à ses petits, qu'avec amour elle les prend dans ses bras, les console, les cajole, qu'elle sait faire preuve d'une grande compréhension pour leurs égarements. Blanche mante religieuse, il lui arrive tout de même d'en manger un ou deux, quand cela est dans l'intérêt général, naturellement.

Pour finir, une petite recette de bonne maman. Prenez 50 centilitres de lait, ajoutez 10 centilitres de sang et mélangez avec amour. C'est doux, c'est rose, ça se boit sans fin. On tremblote de délice apaisé, et tous les soucis disparaissent. Alors on s'allonge sur le canapé et l'on s'en remet à la Grande Mère, dans un grand soulagement couleur grenadine. On se dit alors que cette falot-cratie est bien le meilleur régime qui soit, n'en déplaise à ses obscurs détracteurs.

dimanche 12 juin 2011

Portrait de Marc-Edouard Nabe en poupées russes.



Parmi les vivants, Marc-Edouard Nabe est certainement le plus grand auteur de books-émissaires de l'édition française. On dit de chacun de ses livres qu'ils empoisonnent les puits sans fonds de la vanité littéraire, qu'ils mangent les petits enfants du tout Paris, qu'ils annoncent de méchants apocalypses, voire qu'ils refusent de jouer avec les autres ! Il a toujours brouillé les cartes, n'a jamais joué le jeu, ou pire, l'a joué selon ses propres règles. Ni gauche ni droite, artiste ! 


Mais qui est vraiment l'homme MEN, qu'a-t-il été jusque là dans notre drôle de siècle foutu ? Un mouton noir ? Le goy errant ? Un porte-casserole médiatique ? La réincarnation de Harpo dans le corps d'un bavard ? L'albatros de Baudelaire croisé avec un caméléon ? Le fils caché de Don Quichotte et de Billie Holliday ? Le punching ball préféré des retournes-veste ? Le batard bordeau d'un indien noir et d'une négresse rouge ? Un bébé fasciste dès le berceau ? Un christ plein de plaies sous un costume trois pièces ? Un jazzman qui souffle dans un bic troué et pianote sur une toile fraîche ? Le dernier déguisement de Spaggiari ? Diogène sans son tonneau ? La statue de la liberté en exil loin de son tombeau américain ? Un miroir brisé qui cherche partout ses morceaux ? Un salaud torturant la langue française dans sa grande cave poétique ? Le Grand Chef des racailles antiblanches ? Le revers de l'occident ? Un gargantua bouffeur de bourgeois ? Un camé clean depuis toujours ? Un Super-Erotomane ? Un vampire qui a peur du sang ? L'ombre d'Alain Zaninni ? L'homme chargé des relations publiques chez la Terreur ? Un temple gardé par un Christ-videur qui n'y laisse entrer aucun marchand ? Un ver de terre amateur ? Un derviche qui a le tournis ? Un projectionniste fiévreux dans une salle de cinema en feu ? Un demandeur d'asile sur terre pour cause de révolution avortée au paradis ? Un serial killer tres doux ? Un collectionneur d'hérésie ? Le dernier des Idiots ? Un martyr écartelé d'un coté par un rouge et de l'autre par un brun ? Un mystique nu en train de sautiller sous les coups de fouet de Max Roach ? Un vengeur démasqué ? Un saint-imaginaire ? Un Fanfaron hyper-sérieux ? Le banquier du diable ? L'avocat des causes perdues d'avance ? Un trader douteux entiché d'étranges valeurs ? Un steak de christ enfermé dans un porte monnaie ? Un palestinien ? Le pire cauchemar de Beigbeder ? Le singe de Leon Bloy ? Un bluffeur qui ne ment jamais ? Un risque-tout qui perd à chaque fois ? La bête immonde ? Un maudit de vocation ? Un artisan flambeur ? Un allumeur ? Le grand méchant loup qui crie au mouton ? Un pendu qui balance pas mal au bout d'une corde très blanche ? Un dandy profond ? Un mondain ingrat ? Un livre ouvert ? Un trouble-fête sur son 31 ? Un agitateur ? Un agent de subversion ? Un damné de l'orientalisme ? Un indien qui scalpe gratis ? Un oisillon couvé par le Professeur Choron et Louis-Ferdinand Céline ? Le protégé de Ben Laden ? Un phoenix trempé dans l'encre ? L'homme nouveau ? Un corbeau à lunette mal luné ? Un autre ? Un anthropologue rendu fou par son objet ? Une petite frappe ?


Mais arrêtons-nous ici. Vous trouvez peut-être que cela fait déjà beaucoup pour un seul homme. Eh bien, manifestement, pas pour MEN.

vendredi 25 février 2011

Untitled woman

Trente et un pour une feuille blanche
La mort au bec, sourire tranchant comme un couperet
Ces mains, ces mains dans leurs poches, blanches comme l'acier
trempé et froid
Je ne saurais jamais votre nom, car vous n'avez rien
de nommable, aucun nom ne vous paye de votre beauté silencieuse
Salaire pour une passe du coeur,
d'un croisement exact comme le rouge soleil
Femme d'aurore, improbable comme la grêle
la grêlé d'été, lumineuse et glacée de vos yeux pâles
Qui a fait votre coeur si froid, si pâle et couvert ?
coeur ouvert comme l'épée dans la chair et clos,
clos comme l'hiver de vos yeux
Le macadam tremble sous vos pas legers de sauterelle,
vos jambes noires et macabres comme des ciseaux
Ô condition de macaque terrestre
forcé au silence par l'accablement de votre joie
d'être telle que Dieu vous a faite,
douloureusement parfaite.

Saurais-je un jour votre nom ?